Cataphractaires – Equites catafractarii Ambianenses

Les cataphractaires (ou cataphractes) était l’arme de prestige par excellence du bas-empire. Toutes les sources de l’époque concordent : les voir défiler faisait son petit effet !

A l’origine ces cavaliers bardés de fer étaient une tradition orientale, venue à l’Occident par les Grecs. A l’époque républicaine et primo-impériale les cataphractes ennemis furent pourtant mis en pièces par les légions romaines, mais par un effet -durable- de mode militaire, au cours du IVème siècle les Romains se dotèrent de nombreuses unités de ce genre, pourtant très couteuses.

L’Empereur Julien loua ainsi son oncle Constance II de les avoir développés dans l’armée Romaine, quand bien même il essaya de lui ravir son trône quelques années plus tard…

Pourtant l’efficacité réelle de ces unités est sujette à caution. A Argentoratum, les cataphractes de l’aile droite se débandèrent face aux troupes légères Alamannes, dont les soldats se glissaient sous les montures caparaçonnées pour les éventrer. Ce fut si honteux qu’ils durent après la bataille défiler devant l’armée rassemblée déguisés…en femme ! Mesure d’indignité qui frappa les contemporains.

cataphractes en difficulté à Argentorarum face aux Allamans
Image d’illustration de la bataille d’Argentorarum
bataille romaine Julien argentorarum alamans
et mon interprétation de la bataille d’Argentorarum avec mes figurines !

Il ne fait pourtant aucun doute que bien employés les cataphractaires devaient être très utiles : le pragmatisme romain n’aurait jamais toléré le maintien d’unités couteuses inutiles !

cataphractes et cornutes seniors 1/72 20 mm
un défilé de cataphractes et de Cornutes seniors, ça en jette !

Pourquoi alors en vouloir dans mon comitatus ?

Parce qu’il existe de fortes présomptions qu’en 399 au moins une unité se trouvait en Gaule.

Dans la notitia Dignitatum, seules 9 unités cataphractaires sont répertoriées :

  • Les Equites catafractarii Biturigenses, une vexillation comitatenses sous les ordres du premier maitre de la milice présent à la cour orientale
  •  Les Equites catafractarii, une vexillation comitatenses sous les ordres du deuxième maitre de la milice présent à la cour orientale
  • Les Equites catafractarii Ambianenses une vexillation comitatenses sous les ordres du deuxième maitre de la milice présent à la cour orientale
  • Les Comites catafractarii, une vexillation comitatenses sous les ordres du deuxième maitre de la milice pour l’Orient
  • Les Equites catafractarii Albigenses, une vexillation comitatenses sous les ordres du deuxième maitre de la milice pour la Thrace
  • L’Ala prima Iovia catafractariorum, une unité limitanei sous les ordres du Dux de Thébaïde
  • Le Cuneus equitum catafractariorum, une unité limitanei sous les ordres du Dux de Scycthie
  • Les Equites catafractarii iuniores, une vexillation comitatenses sous les ordres du Comte de Bretagne
  • Les Equites catafractarii, une unité limitanei sous les ordres du Dux de Bretagne

Ce qui étonne c’est leur concentration en Orient, d’autant qu’il existe de fortes présomptions que les deux unités de Cataphractes listées en Bretagne soient en réalité la même…

Pourtant ce qui frappe à la lecture attentive du nom des unités, c’est qu’au moins trois d’entre elles localisées à l’est viennent récemment de Gaule : Les Ambianenses viennent clairement de Samarobriva Ambianorum, la moderne Amiens. Les Albigenses d’Albi, en Narbonnaise, et les Biturigenses de l’actuelle Bourges. Or nous savons qu’un nom  « technique » (par exemple scutarii, stablesiani ou sagittarii) d’unité de cavalerie comporte le nom de sa ville de garnison pour se différencier. Ainsi au moins la moitié des unités listées dans la notitia pourraient être nos cataphractaires !

Avant les grands rappels de troupes opérés par Stilicon au début du Vème siècle, il n’y a pas de raison de penser que le comitatus Gaulois ait été privé d’au moins une unité de cavaliers extra-lourds. A la lecture d’ailleurs du recensement des inscriptions militaires du cimetière de Iulia Concordia de Michael Vannesse, on apprend qu’un centenarius d’un numerus equitum catafractariorum a été enterré en Italie du Nord au tout début du Vème siècle. C’est donc que son unité était basée aux alentours, bien qu’elle ne soit pas répertoriée par la notitia. Les 44 tombes de ce cimetière militaire concernent au total 23 unités de cavalerie et d’infanterie, dont certaines, comme les Brachiates par exemple, étaient précédemment basées en Gaule.

Peut-être les rappels de troupes ont-ils aboutit à ces concentrations près d’Aquilée notamment, ce qui serait cohérent avec la mise en place d’une défense de l’Italie face à la menace d’Alaric et de Radagaise !

painted late roman cataphracts
Les cataphractaires romains, aux influences orientales, chargent à l’assaut de l’ennmi

[Ajout du 26 décembre

en farfouillant dans les internets, je suis tombé sur une perle : la thèse de Corentin Méa sur la cavalerie romaine tardive. C’est passionnant, et remplit à mon modeste avis quelques « trous » sur la question. Plus je lis des ouvrages sur l’armée romaine, plus je m’aperçois que les « nouvelles levées » de troupes sont souvent des refondations, soit techniques, soit à des fins de propagande, à partir d’unités préexistantes.

Je le cite in extenso :

Les  equites  catafractarii sont très probablement formés à partir de   détachements des anciennes alae du Principa comme l’ala nova Firma   milliaria cataphractaria. Avec la réforme de Dioclétien, une ala I Iovia  catafractariorum fait son apparition en Egypte mais aussi une petite dizaine de vexillationes equitum catafractariorum regroupant en leur sein des cavaliers lourdement protégés. Les premières mentions de telles  formations remontent à la Tétrarchie avec la stèle de Valerius Ianuariuscircitor d’une vexillatio catafractariorum découverte à Eporedia (l’actuelle Ivrea) dans le nord de l’Italie. Une autre inscription provenant de Bithynie  cite Valerius Fuscianusducenarius de la vexillatio equitum catafractariorum clibanariorum. D’ordinaire difficiles à localiser, les lieux de garnison  de  certains des détachements peuvent être supposés grâce aux noms mêmes de certaines vexillations, les equites catafractarii Albigenses, les equites  catafractarii Ambianenses et les equites catafractarii Biturigenses, toutes stationnées en Orient à la fin du  IVe siècle d’après la Notice des dignités. On peut identifier les cités des Rutènes, Albi, des Ambiens, Amiens,  et  des Bituriges, Bourges. Cela est confirmé en partie pour Amiens, par deux stèles de la Tétrarchie, celles de Valerius Duriocircitor d’un numerus  catafractariorum et de Valerius Zurgidinus,  décurion d’une unité  catafractariorum. Enfin la  question  du  nombre de formations levées  simultanément  pose un sérieux problème. En effet, une stèle  découverte  à  Istros  en  Scythia évoque  une vexillatio  XII catafractariorum. Doit-on y  voir la douzième vexillation de catafractaires ou bien la douzième  vexillation levée toutes spécialités confondues ?  Aucun régiment de  cavaliers lourds n’apparaît comme numéroté que ce soit dans les inscriptions ou dans la Notitia dignitatum, où l’on ne retrouve même pas cette vexillatio XII catafractariorum. Parmi les autres types de détachements, on ne retrouve pas non plus un tel chiffre. Il faut admettre que ce dernier a pu être attribué à la formation le temps d’une guerre, lors d’un regroupement de  plusieurs vexillations au sein d’une même armée de campagne sous les ordres d’un tétrarque  ou d’un autre général. Les  auteurs  anciens  ne  donnent  pas  plus  de  détails.  Ammien  Marcellin  évoque bien  à  plusieurs  reprises  des  equites  catafractarii à  la  bataille  d’ Argentorate entre Julien et les Alamans  mais  sans citer de numéros d’unités. La seule déduction possible est la présence d’au moins deux  vexillations  car deux  tribuns  des catafractaires,  Laipso  et  Innocentius,  sont tués lors des combats.]

A la lecture du document, j’ai donc décidé que mes cataphractes seraient les equites catafractarii Ambianenses, puisque la majorité de mon comitatus sera plutôt septentrionales.

MaJ du 13/33/2016 : depuis un an que j’ai commencé ce site et poursuivi ce projet, j’ai  dans l’idée de finalement faire de cette unité lourdement montée Les Equites catafractarii iuniores.

La problématique des épisèmes ne se pose pas, puisque que les cataphractaires maniaient le contus (ou Kontos) de plus de deux mètres de long à deux mains, sans bouclier. Leur formidable armure suffisait !

Par ailleurs, ayant depuis appris à faire des ombrages, je pense que je vais reprendre la peinture de ces miniatures pour leur donner plus de profondeur, mais aussi pour leur donner un côté plus sombre… Je posterai les nouvelles photos bientôt !

J’ai donc réalisé 24 cataphractes (donc 240 hommes) représentant une vexillation palatine, qui théoriquement devraient faire au moins 300 hommes, mais l’attrition prive bien souvent les unités jusqu’à 30% de leurs forces combattantes.

Pour les réaliser, les Hät 8086 étaient tout indiqués et se sont révélés parfaits. A l’échelle 1/72 ou 20mm, c’est ce qui se fait de mieux. Ils forment le fer de lance de ma cavalerie extralourde, avec les comites Alani.

Depuis, j’ai récupéré de diverses manières d’autres Hät 8086, ainsi que des cavaliers moyens-lourds de Hat 8183 (Late medium roman cavalry, ce qui ne veut rien dire), qui formeront aux mes ambianenses, et c’est eux dont vous pouvez décourvrir les photos maintenant (ça va, pas trop perdus ?)

Hat 8183 painted
Au premier plan, une figurine Hat 8183. Pour un cavalier « moyen », il est plutôt lourdement équipé !

 

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9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. VALLERAND dit :

    Les carapata têtes Amiens m’intéressent au plus haut point. Pouvez vous le dire s’il tenaient garnison a Ambiani et s’ils recrutaient dans la région entre 315 et 380. En particulier l’usurpateur Magnence né à Amiens â t’il pu y avoir été incorporé dans sa jeunesse. Enfin quelles seraient les troupes engagées lors de la bataille de Mursa en 353, la plus épouvantable bataille du siècle et qui a vu la défaite de Magnence ? Merci d’avance pour vos réponses et bravo pour votre travail. Jacques Vallerand

    Aimé par 1 personne

    1. chariobaude dit :

      Bonjour Jacques, très compliqué d’avoir des certitudes concernant cette unité et sur un éventuel passage de Magnence en son sein.
      Pour ma part, voici les affirmations dont je suis (quasiment) sûr :
      – Cette unité de cataphractes a probablement été créé par Maximien à la fin du 3ème siècle en Gaule
      – En 357, Julien avait deux unités de catafractarii. Il n’est pas improbable d’y voir cette unité, puisqu’il « hérita » de l’armée de Magnence après son suicide.
      – la notitia place en Orient la garnison de cette unité en 395, comme toutes les unités de cataphractes portant un nom gaulois. Faut-il y voir à la fois une sanction suite à l’énième révolte de l’armée occidentale réprimée par Théodose ? Ou tout simplement de la « prédation » du même Théodose pour remplumer une armée orientale toujours très affaiblie par Adirianople ? Un peu des deux je le crois.

      En ce qui concerne Magnence, on sait que c’est un lète, fils d’une Franque et d’un Breton (donc a priori citoyen de l’Empire, étrange pour un lète!), qui a débuté très tôt dans le métier des armes. A ma connaissance, mais je vais faire des recherches, son seul grade connu avant son usurpation est celui -considérable- de Comte des Joviens et des Herculiens, les meilleures légions de l’Empire. Pas de trace d’un quelconque passage chez les cataphractes. En vous répondant je me rends compte que je n’ai pas en tête de commandant d’unité passant de l’infanterie à la cavalerie. Peut-être un commencement de réponse ?

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      1. VALLERAND dit :

        Merci beaucoup pour cette réponse ultra rapide qui confirme mes suppositions. Je m’intéresse en effet à la carrière surprenante de Magnence pour un projet de roman historique allant de 303 à 380. Son père, lète ayant probablement accompli l’intégralité de son service de 25 ans, a donc acquis la citoyenneté romaine. Son fils et ses frères étaient tenus à leur tour d’accomplir leur service militaire mais dans un statut plus avantageux que celui de leur père, ce qui expliquerait la facilité de ce colosse à parcourir un cursus honorum fulgurant. Plusieurs sources font naître Magnence à Amiens en 303 à une époque troublée où la ville doit se replier dans ses murs (et transformer l’amphithéâtre en forteresse). Vous comprendrez que toutes les informations relatives à ce personnage seront les grandes bienvenues.
        Tous mes remerciements
        Jacques Vallerand

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  2. Vallerand dit :

    Évidemment, il fallait lire cataphractaire et non carapate têtes. Les touches du téléphone portable joue toujours des tours.
    Vallerand

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