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Herculiens seniors – Herculiani Seniores

il n’y a pas d’armée romaine en Gaule sans les meilleures unités de l’Empire : la légion palatine des Herculiens Seniors (Herculiani Seniores), qui partage ce rang avec son inséparable sœur jumelle des Joviens Seniors (Ioviani Seniores).

C’est peu de dire que cette légion est l’élite de l’élite. D’ailleurs, la notitia dignitatum, pour qui l’ordre de citation des unités est un indicateur de leur prestige, cite en premier cette « brigade » (Herculiani et Ioviani), devant les centaines d’autres unités qui composaient l’armée romaine des quatrième et cinquième siècles.

A l’origine, cette unité avait été créé par l’Empereur Dioclétien. Il avait promu deux légions illyriennes (la I Iovia et la II Herculia) au rang de garde impériale, après en avoir apprécié la valeur sur le front du Danube. Il avait besoin de constituer un noyau dur pour son sacer comitatus, l’armée d’élite qui la suivait dans toute ses campagnes. En cela, Dioclétien « industrialisa » l’exemple de Septime Sévère et de ses légions parthiques : Chaque Auguste et chaque César commandait une armée spécifique, constituée des quelques légions d’élite (Joviens, Herculiens, Solenses, Martenses, Lanciarii, Mattiarii….) et des vexillations provenant d’unités traditionnelles.

Les herculiens furent donc le fer de lance de l’Empereur Maximien, qui mena des dizaines de campagnes, sur le Rhin, en Gaule, en Afrique…

image painted late roman
le fulcrum, ou mur de bouclier qui a succédé à la plus élaborée « tortue », permet à la légion de se déployer et d’avancer hors les murs de la ville

Ces légions danubiennes étaient aussi fameuses pour leur maniement du martiobarbulus (ou mattiobarbulus, appelé aussi plumbatae), un grand dard lesté au plomb, avec une tête en fer barbelé. Chaque légionnaire en avait 5, dont le lancement avant le corps à corps faisait des dégâts considérables dans les dernières secondes avant l’impact des deux lignes d’infanterie. Il faut imaginer les premières lignes ennemies, décimées, effrayées et alourdies par ces dards mortels, qui devaient ensuite se coltiner un corps à corps avec une ligne impeccable de légionnaires lourds à la discipline de fer…

herculiani seniores martiobarbuli mattiobarbuli plumbatae spiculum
A l’origine, à la fin du IIIème sièce,  les Herculiens seniors ressemblaient à ce légionnaire en tenue d’été. A noter les 5 plumbatae glissés dans son bouclier

Ces deux unités reçurent les surnoms d’Herculiens et de Joviens, faisant  référence aux deux divinités protectrices des deux empereurs de l’époque, Maximien « Hercule » et Dioclétien « Jupiter ». Même après la christianisation de l’Empire et de l’armée, ces unités gardèrent leur nom et leurs symboles, pourtant païens. Il fallait que leur tradition martiale soit sacrément puissante pour ignorer la montée en puissance de la religion chrétienne !

Ces deux inséparables légions connurent une carrière triomphale, dont les victoires jalonnent l’histoire militaire du bas-empire Romain. Pourquoi inséparables ? Parce que les Romains avaient l’habitude de faire combattre leur légions par paire, par « brigade ».

La défense de l’Occident Romain reposait d’ailleurs sur peu d’unités de valeur fréquemment employées : les Herculiens et Joviens donc, mais aussi les Divitiens (Divitenses seniores) et Tongriens (Tongrecani seniores), deux légions palatines de Gaule Belgique, ainsi que les auxiliats palatins des Cornutes (Cornuti seniores  ) et des Brachiates (Brachiati seniores), des Celtes (Celtae) et des Pétulants (Petulantes), des Bataves (Batavi seniores) et des Hérules (Heruli), des Victorieux (Victores) et des Joves (Jovii).

Comme les troupes d’élite actuelles, on les retrouve sur tous les fronts, elles sont de toutes les campagnes et expéditions majeures. Ce sont un peu les US Marines ou la légion étrangère du IVème siècle !

painted herculians 20mm 1/72
Les Herculiani seniores peuvent être considérés comme les « Us marines » ou les forces spéciales de l’antiquité romaine : toujours des missions les plus délicates, des arrières-gardes quand l’armée est pressée, des corps expéditionnaires pour des opérations dangereuses et lointaines…

Elles représentaient une telle importance dans le dispositif militaire romain que leur commandement était confié à un Comte, grade considérable, d’ordinaire attribué à des responsable de théâtres d’opérations entiers. L’un d’entre eux, Magnence (Flavus Magnus Magnentius), fut même un usurpateur qui fit peser une lourde menace sur le pouvoir Impérial de Constance II. Un autre, moins célèbre, Varronien (Varronius), fut le père de l’Empereur Jovien.

L’empereur Julien, en prenant le commandement de l’armée romaine en Gaule, les emmena dans toutes ses campagnes, jusque dans sa malheureuse tentative perse.

Ammien raconte qu’à l’occasion de l’invasion de la Perse, les Herculiens, au moment le plus tragique de la retraite romaine en plein territoire ennemi, furent placés en arrière-garde pour protéger l’armée dans son retour infortuné. Les Sassanides lancèrent une grande offensive avec toute leur armée, mettant en première ligne leur terribles éléphants de guerre. L’objectif était d’anéantir une armée romaine démoralisée, loin de ses bases, privée de chef (Julien avait été tué quelques jours auparavant) et sans ravitaillement.

Les Herculiens et leurs frères d’armes des Joviens réussirent à repousser l’attaque à eux seuls, et massacrèrent les éléphants ! L’armée romaine put revenir ensuite sans encombres, protégée par ces soldats d’élite intraitables.

Détail intéressant : a l’issue de cette campagne, le nouvel Empereur Jovien signa un traité assez défavorable avec les Sassanides, qui lui fut beaucoup reproché : il cédait en effet des territoires que ses adversaires n’auraient jamais pu ravir par la force. Si ses contemporains le jugèrent très négativement, ça n’est pas le cas des historiens modernes : ils estiment en effet que si ce traité désavantageux fut signé, c’était bien pour préserver les précieuses légions de l’anéantissement entre Tigre et Euphrate. Il valait mieux perdre temporairement quelques places fortes et villes, plutôt que d’être privé d’une machine militaire irremplaçable. Plus de 30 ans plus tard, la leçon d’Adrianople justifia a posteriori ce choix…

herculians seniores
féroces, les légionnaires romains d’élite n’ont pris le temps de revêtir leur armures ou leurs cottes de mailles, la fameuse lorica hamata : un parti de pillard a été signalé, et ils vont vite avoir des problèmes…

Ces vaillantes troupes connurent aussi la défaite, par les armes d’une armée romaine d’ailleurs. Eugène, ancien rétheur et usurpateur fantoche, s’était soulevé contre Théodose avec le comitatus gaulois en 380. En réalité le véritable chef de l’armée des Gaules était le redoutable Arbogast, Franc parfaitement romanisé. Païen, soutenu par l’aristocratie gallo-romaine et par l’armée occidentale, il affronte Théodose lors de la bataille de la rivière froide (frigidus). Le premier jour, Arbogast et ses Herculiens massacrent les fédérés Goths des Orientaux (plus de 10 000 morts rien que chez eux !!), mais sont battus le second jour, apparemment plus vaincus par des conditions météo terriblement défavorables que par une armée orientale plus faible.

Les Herculiens et les Joviens eurent d’ailleurs droit à un « traitement de faveur » après la défaite : la profanation de leurs étendards païens consacrés à Hercule et Jupiter. Le très catholique Théodose en profita pour rabaisser la morgue de ces fières légions Gauloises dans une cérémonie prévue spécifiquement à cet effet devant toute l’armée !

Quinze ans plus tard, on les retrouve pourtant encore (avec les Joviens, évidemment !) comme fer de lance de l’expédition impériale de 397 pour reconquérir l’Afrique révoltée. Leur valeur militaire était telle que l’Empire ne pouvait se passer de ses plus féroces légionnaires.

Mascézel, commandant de l’expédition, ne disposait que 5000 hommes, dont quasiment la moitié était fournie par les légions palatines des Herculiens et des Joviens. Même pour l’époque, le contingent état jugé maigre. Ce fut pourtant suffisant contre les 70 000 soldats de son frère (!!) Gildon, dont parmi eux quelques troupes régulières romaines locales.

Les insurgés furent massacrés, alors qu’ils étaient dix fois plus nombreux ! Ce fut l’une des dernières expéditions victorieuses de grand style entreprise par l’armée impériale. Certes, des projections similaires eurent lieu, quasiment toujours dans un contexte de guerre civile (Boniface en Afrique, guerre larvée entre Occident et Orient en Illyricum…), mais jamais avec une résultat aussi triomphal.

S’ils on considère que la notitia dignitatum a été révisée une dernière fois vers 420, à cette date les Herculiens avaient quitté définitivement la Gaule pour l’Italie. La politique suicidaire de Stilicon de rappels de troupe pour défendre Ravenne laissa le champ libre aux envahisseurs de la Gaule en 407 et provoqua la chute de l’Empire moins de soixante-dix ans plus tard.

L’histoire aurait-elle été différente si ces unités étaient restées sur le Rhin ?

diorama romains 1/72 20mm
Quelques hommes restent sur les murailles de la ville : un coup de main n’est jamais impossible

Pour réaliser mes Herculiens à l’échelle 1/72 (ou 20mm), les Italeri late roman imperial legion 6137 avaient certaines qualités :

  1. une taille un peu supérieure que les Hät. Quand on connait l’importance de ce critère physique dans le recrutement, je m’étais dit que ce serait intéressant. De plus, comme je le souligne dans ma revue des boites disponibles pour la période, les italeri sont les soldats romains du bas-empire les mieux réussis en terme de finesse.
  2. Les magnifiques boucliers amovibles portaient pour certains l’épisème de l’Aigle, extrêmement difficile à réaliser sans gravure, on y reviendra. Pour un peintre amateur et pressé comme moi, l’idéal !
  3. Enfin une pose de lanceur de dards (plumbatae), marque caractéristique des ces légionnaires surentrainés au maniement de toutes les armes, était disponible.
herculiani seniores shield pattern episeme motif bouclier
Les 5 manuscrits médiévaux donnent chacun leur version de l’épisème des boucliers. Je privilégie toujours celui de gauche, provenant de Paris. Pas facile à réaliser, non ?

Malheureusement, les romains tardifs italeri 20mm ont aussi un certain nombre de défauts :

  1. Des poses parfois pas très naturelles, à la limite du grotesque presque. Pire, certaines figurines ne sont pas stables sur leur socle !!
  2. Le faible nombre de figurines portant une armure (lorica hamata ou broigne de cuir) n’est pas idéal pour représenter une unité d’élite dont l’équipement a dû être particulièrement soigné.
  3. Trop d’épisèmes différents pour n’utiliser qu’une boite, ils ont du  penser aux joueurs sur table avec dés, d’ailleurs la boite comprend la mention « wargames approved« , ce qui me fait une belle jambe !

Au final, j’ai réalisé 40 herculiani seniores 20mm, en mettant un maximum d’armati sans pour autant lasser par la répétition des mêmes poses. J’ai donc un certain nombre de scutati, ces fantassins légers protégés par un bouclier et un casque mais sans cotte de maille. Pas d’archers, je les ai gardés pour d’autres unités.

herculians minis painted roman
l’Herculien Valentin, jeune recrue d’Aquilée, va connaître son premier combat. Son entrainement intensif a porté ses fruits, malgré les tempes qui battent à tout rompre, la position d’attaque est parfaite !

40 soldats alors qu’il en faudrait 100 ou même 120 ça n’est pas assez, mais au-delà du fait que je n’allais pas acheter 8 boîtes (je me suis arrêté à 4… pour l’instant !), la répétition des poses aurait gâché le tableau. (Note du 1/07/2017 : depuis j’ai racheté… 4 boîtes supplémentaires !!! Ce hobby me ruinera…)

Ce sont donc pour l’instant seulement 5 centuries, plutôt légères, d’Herculiens qui sont à la disposition du magister equitum per Gallias. Mais quels hommes !

A ces hommes j’ai rajouté un officier supérieur à cheval : leur praepositus est un réalité un cavalier Goth, italeri lui aussi, qui a subit une très légère transformation : sa main droite de porte plus d’arme mais indique la voix, alors qu’il a été doté à gauche d’un bouclier frappé de l’Aigle noir des Herculiani.

officier romain
l’officier des herculiens est le seul de la légion a avoir le privilège d’être monté : c’est aussi un avantage tactique pour mieux « lire » la bataille quand on est en hauteur !

Pour voir ce que j’ai fait des autres Italeri, allez voir leurs frères d’armes des Joviens, ou les ursarienses !

PS : Je ferai bientôt un article pour partager avec vous les pépites découvertes sur le web, mais je ne résiste pas à vous montrer celle-ci, issue d’un forum russe. Regardez la qualité de l’épisème, réalisé à la main sans gravure !!!!! Mais qui est cet artiste incroyable ??

hat 8087 herculiani seniores 20mm
peinture hallucinante de maitrise !
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