Equites octavo Dalmatae – 8ème de cavalerie Dalmate

J’ai déjà réalisé une unité de cavalerie dalmate, les Equites Dalmatae. C’était l’occasion d’utiliser 48 cavaliers que j’avais peint il y a longtemps avant ce projet. Comme la peinture était assez rustre et que le motif du bouclier était imaginaire, j’en avais fait une unité de frontière comme il en existait tant. Puis j’ai fait plus récemment à partir des mêmes equites des Crispiani, une conversion avec des goths.

La crise militaire du IIIème siècle a eu de nombreux impacts sur l’Armée Romaine, particulièrement dans le développement de la cavalerie, qui n’a jamais été l’arme de prédilection des Romains, dont toute l’organisation est basée sur l’emploi de l’infanterie lourde légionnaire. Mais la multiplicité des théâtres d’opérations comme la diversité de leurs ennemis conduirent les Impériaux à adjoindre à leurs chers légionnaires de nombreuses unités plus spécialisées, notamment montées. Dans leur grand pragmatisme, les Romains n’hésitèrent pas pour cela à recruter massivement des barbares qui excellaient dans ces domaines, comme en donne l’exemple la constitution d’unités de cavalerie de choc des Comites Alani ou des Equites Honoriani Taifales Iuniores.

diorama limes 1/72
Sur le limes rhénan, l’alerte est donnée : des Francs du pagus des Chamaves sont en marche, poussés par de mauvaises récoltes et l’appât de gains facile en territoire romain

Évidemment, l’immense Empire recelait en lui-même de nombreuses populations guerrières, dont certaines se firent les principales pourvoyeuses d’hommes pour les légions. L’Illyrie, les Balkans actuels, furent sans doute le réservoir principal. Pendant des siècles, c’est avec la Gaule Belgique la région qui donna le plus de soldats de valeur à l’armée. Le nombre d’Illyriens (appelés Pannoniens s’ils vivaient au nord vers le Danube, et Dalmates s’ils venaient des territoires côtiers) fut tel qu’à partir du IIIème siècle la majeure partie des Empereurs-soldats furent issus de la région. Aujourd’hui on pourrait même parler de « Lobby » tellement ils mirent l’Armée et donc l’Imperium sous leur contrôle pendant plus d’un siècle.

Mais le prix à payer pour un tel pouvoir fut celui du sang : combien d’Illyriens moururent en service ? Pour revenir aux Equites Dalmates, leur création date certainement du règne de Gallienus. Celui-ci avait perdu la partie occidentale de son Empire qui avait fait sécession dans un « Empire des Gaules » qui cherchait une réponse locale aux invasions germaniques répétées. En Orient,  le Royaume romanisé de Palmyre faisait main basse sur la Syrie, la Palestine et de nombreux territoires, incapables de se défendre contre les Perses.

cavallerie légère romaine hat 8188
les cavaliers hät 8188 sont très légèrement équipés, même si certains sont équipés d’un casque de type Intercisa

Gallienus, coincé dans un Empire limité à l’Italie, l’Asie mineure, l’Afrique et l’Illyrie, recruta massivement dans ces deux dernières provinces de nouvelles unités montées pour reconquérir les territoires perdus. Dans la notitia dignitatum, on trouve 48 unités d’Equites Mauri ou d’Equites Dalmatae. On trouve par ailleurs 5 unités d’Equites Illyriciani, sans doute de même nature, mais peut-être plus tardive (théodosiennes ?).

Il s’agit naturellement de noms génériques, ne donnant aucune indication sur leur spécificité opérationnelle. Ces unités furent massivement levées, comme le prouve le numéro qui leur est accolé. Sur les 6 vexillations comitatenses (aucune palatine), 5 ont conservé un numéro : tertio, quinto, sexto, octavo, nono.

figurines peintes hat 8188
Les 4 poses des lanciers hat 8188 ne sont pas très originales

Est-ce que ces unités étaient toujours homogènes ethniquement un siècle et demi plus tard ? Difficile à dire, au moins pour les unités basées loin de l’Illyrie, même si on ne peut tout à fait écarter des filières de recrutement régionales qui perdureraient. Certains récents travaux archéologiques sur les cimetières militaires de garnisons du mur d’Hadrien semblent d’ailleurs démontrer leur existence.

Pour l’unité des Equites octavo Dalmatae, il y a fort à parier qu’avec le temps des éléments gallo-romains ont du être recrutés pour remplacer les pertes au combat ou tout simplement pour assurer le renouvellement des cadres. Pas impossible non plus que des jeunes illyriens apparentés aux soldats de l’unité viennent de leur région s’engager dans cette unité ou avaient servis leurs ancêtres, comme l’histoire militaire l’a souvent montré. Par contre, les fils de militaires étant obligés de servir dans l’armée, « génétiquement » l’élément illyrien a dû se perpétuer, mais là encore, pure conjecture !

equites dalmati roman unit
Apercevant les Francs, les dalmates chargent

Comme mes précédents cavaliers Dalmates, j’ai utilisé la cavalerie légère du set Hät 8188 pour les réaliser, en retirant les archers, qui seront utilisés pour une autre unité, les equites secundo sagittarii. Ce sera donc une unité de cavalerie légère, ce qui tombe bien, puisque je n’en avais presque pas. Hors le comitatus gaulois a besoin de ce type de cavaliers pour jouer les éclaireurs, protéger l’armée en marche en sécurisant les flancs, mais aussi durant la bataille pour harceler l’ennemi, voire le pourchasser quand il est en déroute.

mosaique cavalier romain bas empire
Cette mosaïque d’un cavalier romain chassant donne une idée assez précise de l’allure d’un cavalier léger. On notera à quel point Hät est historiquement juste !

Par contre, face à des cavaliers plus lourdement armés, et encore plus face à une infanterie en rangs serrés, elle devait être assez inutile. Très complémentaire dans une armée multi-spécialisées, en elle-même elle n’avait d’intérêt que pour une guerre d’escarmouches et d’embuscades.

diorama maquettes romain 20mm
Les cavaliers partent en opération sous l’œil des archers postés dans les tours de guet des burgus. J’avoue que je suis très heureux d’utiliser mes maquettes de tour de limes

Plus largement, c’est l’une des forces de l’armée romaine, et encore dans sa période finale, que de s’appuyer sur des unités aux spécificités opérationnelles très différentes et complémentaires.En « digérant » les multiples équations posées par ses nombreux adversaires, les Romains ajoutaient à leur panoplie un nombre toujours plus riche d’options tactiques, d’armes, de techniques, qu’eux seuls savaient utiliser en ajoutant un haut degré de professionnalisme et de discipline qui ont toujours forcé l’admiration de leurs adversaires. Et permis de leur résister si longtemps dans des conditions si défavorables. D’ailleurs, les historiens spécialistes de la période et du sujet ont tendance désormais à être d’accord : parmi les multiples raisons de l’effondrement occidental de l’empire, les causes militaires sont mineures. Avec un bémol : les batailles sanguinaires, en privant Rome d’une main d’œuvre surqualifiée et aussi rare que précieuse, mettaient gravement à mal ce sur quoi la supériorité militaire romaine était basée.

Mursa, qui couta la vie à des dizaines de milliers (peut-être jusqu’à 70 000 !), mit sur pause pendant 30 ans les velléités offensives romaines, et qui purent reprendre qu’après les mesures géniales de création d’unités-filles à partir des anciennes, les iuniores/seniores.

Adrianople, qui vit la disparition de la quasi-totalité du comitatus oriental, fut plus mortelle : les romains, avec plusieurs dizaines de milliers de goths sur leur sol, n’eurent pas le temps cette fois-ci de reconstituer leurs forces. Théodose n’eut d’autre choix que ponctionner largement l’armée occidentale lors de l’usurpation d’Eugène te d’Arbogast. C’était déshabiller Pierre pour habiller Paul : l’occident ne se remis jamais de cette ponction.

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