Flavia Victrix Constantina

Cette légion fait partie de mon armée romaine en Gaule, alors qu’historiquement, ça n’est pourtant pas si sûr : la notitia dignitatum ne l’attribue à aucun commandement régional. Les historiens ne sont pas d’accord entre eux, voyant en elle à la fois une légion africaine, gauloise ou italique.

J’ai donc décidé de la rajouter à mon armée, uniquement… parce que j’en avais envie : j’aime beaucoup le motif de leur bouclier et son nom fleure bon la période constantinienne.

J’ai désormais un tel nombre d’unités (presque une trentaine !) que je peux me faire plaisir, un peu au détriment de la véracité historique.

figurines peintes légionnaires 28mm
Les légionnaires de la flavia victrix patrouillent en Gaule lyonnaise, épargnée par les incursions barbares, mais pas par les ravages des bacaudae, ces bandes de paysans révoltés

A propos de la taille du projet, après avoir écumé le web dans tous les sens, dans toutes les langues, je suis assez déçu : je n’ai pas trouvé de projet d’armée à grande échelle en période antique comme le mien. Du napoléonien, ça oui ! Mais du Romain, pas vraiment. Même de l’époque républicaine ou impériale classique. Pourtant ça doit exister, mais j’imagine que créer un site ou un blog peut refroidir les ardeurs des collectionneurs de figurines romaines.

C’est vrai que créer, développer et maintenir ce site prend du temps. J’avoue que j’y prend un grand plaisir, même si je me suis toujours fixé comme règle de ne publier d’article que pour une nouvelle unité et pour un nouvel élément de décor. Pas de blabla ici : chaque page doit avoir de l’intérêt pour l’internaute qui cherche des photos de diorama au 1/72e. Par contre j’ai toujours tenté de restituer dans ces articles un peu de ce que j’ai appris de mes nombreuses lectures sur le sujet. Je trouve la période tardo-impériale injustement méconnue, notamment dans son aspect militaire.

petits soldats romaines peints 1/72 - 2
les hommes de la légion ne se sentent pas menacés, et se déplacent sans adopter de formation particulière

Certains des articles que vous avez pu lire ici m’ont pris des heures, et je ne parle pas de la peinture des figurines : les prises de vues, les photos, le retravail des clichés (merci instagram ), les textes et les recherches qu’ils demandent, ça demande du temps et de la passion. Mais quelle satisfaction d’envoyer en ligne un article !

Pour revenir à la Flavia Victrix Constantina, son nom ne révèle pas forcément une création Constantinienne.Comme je l’explique longuement dans ma page sur les Equites Honoriani, les unités étaient souvent renommées en récompense pour un fait d’arme (Victrix, la « victorieuse », assurément) ou leur loyauté à la dynastie régnante.

C’est d’autant plus important dans le cas des Constantinides, que c’est le premier d’entre eux, le fondateur de la dynastie Constantin, qui a donné son visage à l’armée tardive romaine, avant sa dernière mue Théodosienne, qui plus qu’une grande réforme est la réaction pragmatique à une situation d’urgence.

painted hat figurines
Les scutati de la légion, plus légèrement équipés, avancent sous les ordre d’un centenarius sur les flancs de l’unité

Constantin n’a pas eu ces problèmes. A mesure qu’il défait ses adversaires, Maxence d’abord, puis Licinius ensuite, dans des batailles sanglantes où périssent des dizaines de milliers de légionnaires (batailles du Pont Milvius, d’Andrinople, Chrysopolis…), Constantin se retrouve à la tête d’une armée obèse, gonflée par de multiples recrutements successifs. On estime ainsi que la bataille d’Andrinople, point d’orgue de la guerre civile contre Licinius, vit s’affronter pas moins de 300 000 hommes !

diorama de romains peints à l'échelle 28mm
La légion se déploie en formation. A droite, le praepositus veille à la tenue de la ligne. La route est barrée, les collines environnantes occupées : les hors-la-loi vont tomber dans la nasse

Une fois maître de tout l’empire, et premier à l’être depuis Dioclétien, il dût gérer l’amaigrissement d’une armée pléthorique. Pour cela, il prit un certain nombre de mesures :

Retour des fédérés dans leurs contrées

Il renvoya ses mercenaires goths au-delà du Danube. Il avait signé un traité -un foedus– en son nom avec les Goths. Ceux-ci respectèrent leur contrat très longtemps envers la famille de Constantin : en 366 encore, ils fournirent 3000 hommes (sans doute l’équivalent d’une unité comparable à une légion de l’époque, de taille dioclétienne) à Procope, son lointain descendant qui tenta de ravir la pourpre à Valens.

Dissolution de la Garde Prétorienne et création des troupes palatines

Cette décision avait été prise au lendemain de sa victoire éclatante du Pont Milvius devant Rome. Les prétoriens, seuls militaires habilités à rentrer dans Rome, formaient le noyau dur de l’armée de Maxence. Décimées par la défaite, les cohortes prétoriennes furent dissoutes par Constantin. Décision radicale extraordinaire à bien des égards, qui mettait fin à plus de trois siècles d’existence d’une armée d’élite, crainte et jalousée par les légions, et détestée par la population. Chéris des empereurs, les prétoriens bénéficiaient d’un train de vie (solde presque quatre fois supérieure à celle d’un légionnaire, donativum fréquents, fournitures et équipements gratuits de premier ordre…) et d’une proximité avec le pouvoir unique dans le système politico-militaire romain. Par ailleurs, c’était sans doute l’une des dernières unités au recrutement essentiellement italien, et qui manifestait des convictions païennes peu en phase avec la nouvelle religion impériale.

image figruines romaines peintes 20mm 1/72
la légion romaine apprend par ses éclaireurs, les superventores, que les bacaudae sont très nombreux, plusieurs milliers ! la dimension de la légion, un peu plus de 400 hommes valides, inquiète ses officiers. Doivent-ils se retirer et chercher du renfort ?

Pour remplacer la garde prétorienne, Constantin créa les scholes palatines, unités de cavalerie de 500 hommes chacune.

Ce nouveau corps de cavalerie était appelé scholæ parce qu’il occupait des chambres spécifiques du palais, prêt à répondre aux ordres de l’Empereur. Sa composition, comme celle de ses prédécesseurs des equites singulares augustii, comprenait une forte composante  barbare. Mais désormais, ça n’était plus des Bataves, mais plutôt des Francs et dans une moindre mesure des Alamans dans la partie occidentale de l’Empire. En orient, les recrues étrangères étaient pour la plupart Gothes. Ce qui ne signifie aucunement l’absence de soldats romains en leur sein, bien au contraire ! L’historien Hugh Elton, en analysant les noms des scholares du IVème siècle, parvient à la conclusion que dix sont sans le moindre doute romains, quarante probablement, alors que seulement cinq sont surement barbares et onze pour qui l’origine étrangère est possible.

La notitia dignitatum indique 5 scholes palatines en occident :

  • Scola scutariorum prima
  • Scola scutariorum secunda
  • Scola armaturarum seniorum
  • Scola gentilium seniorum
  • Scola scutatorum tertia

Assez étonnement, on retrouve sous le commandement du Comte d’Afrique une vexillatio comitatensis qui porte le nom de Equites scutarii iuniores scholae secundi. Il est assez tentant de voir dans cette unité une Schole qui a été dégradée (pour trahison et soutien à un usurpateur, ou manquement devant l’ennemi ?) : privée de son statut palatin, elle a été exilée en Afrique comme punition définitive. Mais il est aussi possible que ce soit les aléas de la guerre qui aient fait échouer cette schole en Afrique : on peut imaginer que lors d’une expédition manquée du pouvoir central en Afrique, le vainqueur enrôle dans son armée les unités vaincues. Il faut toujours avoir à l’esprit que la pénurie de troupes aguerries conduit  le parti vainqueur à absorber les troupes restantes du vaincu. Ainsi Mavortius et Gallio, ou plus tard Flavius Sigisvultus, ont peut-être laissé autre chose qu’un souvenir de défaite en Afrique : leurs troupes, qu’il n’est pas impossible d’imaginer comprendre une schole, ont pu être intégrées à l’armée d’Afrique à la suite de leur intervention malheureuse. Pour une expédition aussi stratégique, une unité de cavalerie d’élite à opposer à un adversaire aussi coriace que Boniface ne devait pas être de trop !

service de peinture professionnelle petits soldats romaines 1/72
l’ordre est néanmoins donné aux légionnaires de se porter à l’assaut des bandits. La virtus romaine ne saurait reculer face à ces paysans, aussi nombreux fussent-ils !

A côté des Scholes, certaines unités furent classées comme palatine. Ces troupes du Palais étaient celles qui à l’origine accompagnaient l’Empereur en campagne. Reprenant en cela le principe du comitatus de la période des tétrarques, Constantin promut les meilleures troupes de l’Empire à ce statut, qui s’accompagnait évidement d’un traitement plus favorable (solde, équipement, conditions de service…). Dans mon projet, j’ai réalisé plusieurs unités palatines :

Mais au-delà de l’élite des légions, de nombreux auxiliats furent promus à ce statut, malgré un recrutement barbare à l’origine. Dans mon projet, on peut ainsi compter les mattiaques seniors, les mattiaques gaulois juniors  les Brachiates, les Cornutes, les Marcomans juniors et les Marcomans seniors

Un tel rang a évidemment été donné à des vexillations de cavalerie, sans que jamais elles n’aient évidement un statut comparable aux scholes.

Réorganisation du haut commandement militaire et des légions

Une fois seul maître de l’Empire, Constantin s’appliqua a faire maigrir un appareil militaire rendu obèse par la guerre civile. La dissolution des cohortes prétoriennes entraina un changement majeur : le préfet du prétoire, qui en avait le commandement, perdit ses attributions militaires autre que logistiques. Le préfet du prétoire, qui avait la haute main sur l’appareil administratif civil et les troupes d’élites basées à Rome, était un personnage trop encombrant pour l’Empereur.

Désormais, avec cette réforme, le préfet du prétoire n’était plus « que » le chef de l’administration civile, ce qui en faisait toujours un homme clef de l’Empire. Mais le commandement des scholes était désormais assuré par un nouvel homme, le magister officiorum. A noter d’ailleurs qui existait une autre garde impériale, les domestiques. Ces protecteurs domestiques, domestiques non détachés à des missions spécifiques étaient regroupés dans deux unités, dont une montée. Elles n’obéissaient qu’aux ordres du Comte des domestiques : cette fragmentation des unités palatines et de leur commandement avaient pour but évident de diluer la menace d’une révolution de palais, si fréquente un siècle plus tôt.

diorama de légionnaires romaines 20mm
J’aime bien dans les photos de mes mini-dioramas donner de la profondeur en me focalisant sur quelques légionnaires au premier plan.

Les troupes régulières obéissaient désormais à des officiers régionaux. En 0ccident, deux magister militum, l’un peditum et l’autre equitum, commandaient les unités basées en Italie. Très vite la multiplication des fronts obligea Constantin et surtout ses successeurs à « inventer » des commandement régionaux à mesure que le besoin se faisait sentir. Ainsi la Gaule se vit doter d’un magister equitum per gallias pour répondre aux menaces franques et alamanes. Mais toujours pragmatiques, les romains ne faisaient pas de ces commandement des institutions trop rigides. Ainsi quand l’Empereur séjournait durablement sur le Rhin, comme ce fut le cas de Valentinien, ce commandement, inutile, disparaissait.

Les unités régulières furent elles aussi réorganisées. Les historiens ne sont pas encore complètement en accord sur le sujet, mais il semblerait que Constantin ait créé deux catégories de troupes, les comitatenses et les limitanei, pour récompenser les légions qui lui avait été loyales pendant les nombreuses guerres civiles qu’il avait eu à livrer.

Ainsi furent nommées comitatenses les unités fidèles : bénéficiant d’une solde supérieure, de conditions de service meilleures et d’un approvisionnement plus qualitatif, elles furent positionnées principalement dans les villes, sous le régime de l’hospitalitas, ou dans les grands castrum transformés en forteresses.

Les unités, légions comme auxiliats, furent dispersées sur les frontières, souvent dans des avant-postes dont certains comme les burgus ne comprenaient pas plus d’une vingtaine d’hommes.

La différence entre les deux types d’unités ne fut pas évidente immédiatement. Mais avec le temps et l’inclinaison profonde des romains du bas-empire à codifier et hiérarchiser leur société et leur armée, les limitanei entrèrent dans un phénomène de sclérose qui en fit des unités sans doute inférieures aux comitatenses, sans pour autant les rendre inoffensives. C’est surtout les unités classés riparienses, castellani ou burgarii, sous-unités tactiques, laissées pour compte dans de micro garnisons le long des frontières qui perdirent leur valeur martiale, ou point que les romains finirent par leur préférer des lètes ou des fédérés, moins chers : ces garnisons n’avaient pour ainsi dire valeur de que de « sonnette », c’est à dire alerter les unités plus ne retrait d’une menace.

Par contre, les unités classées limitanei, surtout les légions, sauvegardèrent leur valeur au combat, comme en témoigne leur emploi récurrent aux côtés des comitatenses, voire leur promotion dans les armées de campagnes, comme pseudo-comitatenses (« fausses légions d’accompagnement », encore une preuve du goût presque maladif des Romains à catégoriser tout et n’importe quoi), comme les Martenses ou les superventores par exemple.

En réalité, les guerres continuelles créèrent un phénomène « d’aspiration » : les unités disparues, perdues au combat ou félonnes étaient remplacées par d’autres provenant des rangs limitanei. Pour revenir à la Flavia Victrix Constantina, il n’est d’ailleurs pas impossible que cette légion ait été à l’origine une unité frontalière aux ordres du Dux Mogontiacensis, qui commandait au Praefectus militum secundae Flaviae, situé à  Vangiones, sans doute Augusta Vangionum, aujourd’hui Worms. Peut-être était-ce cette unité, basée à la frontière près de l’actuelle Mayence, carrefour militaire de première importance ou de nombreuses troupes romaines ont souvent été concentrées pour parer aux invasions plus au moins massives des barbares germains. La difficulté d’interprétation de la notitia dignitatum, et son empilement chronologique non daté, ne facilite pas les choses.

En ce qui concerne la représentation de l’unité, j’ai décidé de perpétuer le modèle appliqué pour mes auxiliats palatins des mattiaques:

  • 20 armati de la référence Hät 8087 (dont deux officiers – centenarius – et un draconnaire)
  • 12 scutati de la référence Hät 8100 (dont l’officier tribun, le signifer qui porte l’enseigne et le cornicen porteur de la trompe de cuivre)
  • 2 scutati et 7 sagittarii, dont trois préposés au scorpion léger (Ballistari) de l’unité de la référence Hät 8137

Comme vous pouvez le voir sur la photo de diorama, la diversité des poses, des équipements donne un ensemble dynamique, tout en conservant un fort sentiment d’unité grâce au motif du bouclier et la couleur des tuniques.

figurines peintes de soldats roamines 1/72
Les soldats romains ont même amené un scorpion pour viser spécifiquement les chefs adverses et semer la panique dans les rangs
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