Fédérés Goths – Gothi Foederati

Les armées romaines n’ont jamais été constituées des seules légions. Les généraux de la Ville Éternelle ont toujours pris soin d’ajouter à leur terrible infanterie lourde de nombreuses unités « étrangères » aux spécialisations opérationnelles complémentaires apportant la flexibilité nécessaire aux tactiques évoluées des Romains.

Des légions… et des barbares

Pour cela, ils « piochaient » dans les troupes de leurs alliés ou de leurs adversaires vaincus, particulièrement en cavalerie, archers ou fantassins légers. Pendant des siècles, l’armée romaine fut ainsi constituée de légions d’infanterie lourde composées de citoyens romains, et d’unités d’auxiliaires de tous types, essentiellement composées d’étrangers – pérégrins ou barbares. Très vite, leur importance dans le dispositif romain devint incontournable : déjà à l’époque d’Auguste presque la moitié de l’armée impériale était composée d’auxiliaires.

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Les fédérés servaient sous leurs propres couleurs tribales, ce qui donne un effet esthétique magnifique

Avec le temps, les auxiliaires et les légionnaires tendent à se ressembler : dans leur recrutement d’abord, les citoyens romains servant toujours plus dans les auxiliats, alors que les légions accueillaient les étrangers désireux de se battre sous leur Aigle. Dans l’équipement ensuite : à la fin du IVème siècle, date de mon projet comitatus gaulois, un auxiliat palatin et une légion comitatensis ne se distinguent plus. Les casques proviennent tous de fabricae à la production standardisée, la protection principale est une lorica hamata (une cotte de maille) pour tous, le bouclier s’est uniformisé en s’arrondissant pour devenir lenticulaire ou ovale ( les légionnaires adoptant le bouclier plus léger des auxiliaires), et le glaive a disparu au profit de la spatha, épée plus longue. Même les emblèmes s’uniformisent, avec l’adoption du dragon et du labarum, chargé de symboles chrétiens. L’écrivain Ammien Marcellin, raconte même que les légionnaires romains poussent un barritus (cri de guerre guttural de plus en plus fort) très « barbare » avant le combat au IVème siècle. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai utilisé les mêmes figurines pour faire un auxiliat ancien comme les Mattiaci ou une légion comme les Mattiaires : les deux sont des unités régulières.

Avec le temps l’armée romaine s’est donc homogénéisée et barbarisée, constituée de troupes -légions ou auxiliats- presque identiques, plus légères que les légions originelles mais sans doute plus souples (et plus simples !) d’utilisation. Le recours à la « main d’œuvre » extérieure ne s’est pourtant pas ralenti, bien au contraire. Pour trois raisons :

  • Pour alléger la pression aux frontières, quoi de mieux que de retourner contre les barbares leurs propres forces ? Les romains ont souvent exigé de leurs adversaires vaincus qu’ils leur livrent des recrues. Un moyen d’affaiblir durablement les barbares, privés de leurs forces vives, employées par les Romains sur un théâtre d’opérations le plus lointain possible, qui faisaient ainsi coup double. La livraison de ces captifs – les deditices, « ceux qui se rendent » – permettaient au romains soit de constituer des unités d’auxiliaires ethniquement homogènes, soit de renforcer les rangs d’unités déjà constituées. Si au bas-empire il existe autant d’unités romaines (uniquement des auxiliats pour l’infanterie) qui portent le nom de peuples germains (Mattiaques, Hérules, Bataves, Saliens, Raetobaires, Bucinobantes…), c’est qu’à l’origine toutes ces unités ont été constituées de captifs provenant de ces adversaires vaincus.
  • L’homogénéisation des troupes régulières n’a pas fait disparaitre le besoin romain en troupes spéciales. Ainsi les cataphractes perses ou la cavalerie légère numide trouvaient toujours leur utilité dans les campagnes contre les barbares…
  • Financièrement parlant, le recours à des troupes étrangères dans des conditions qui s’apparentent au mercenariat a un grand intérêt pour le Trésor Impérial : on ne paye les militaires que durant la campagne. Et les mercenaires ne nécessitent pas non plus d’être équipés aux frais de Rome. A court terme, c’est très avantageux.

Par contre, le cadre opérationnel et juridique (ne jamais oublier que les Romains sont un peuple de soldats et de législateurs) a changé : à titre individuel, un barbare peut désormais s’enrôler dans n’importe quelle unité régulière de l’Empire, s’il correspond aux critères. Mais pour les enrôlements collectifs, les goths vont obliger les Romains à passer un autre type de contrat, bien moins avantageux pour l’Empire à long terme : le foedus.

Les Goths

L’objectif ici n’est évidemment pas de retracer l’histoire passionnante des Goths. A ce sujet, je viens de découvrir le superbe livre de Christine Delaplace, La fin de l’Empire romain d’Occident, sous-titré Rome et les Wisigoths de 382 à 531. Ne vous laissez pas abuser par la couverture imbécile ni par le titre qui n’a rien à voir avec la choucroute (chapeau l’éditeur quand même, faut le vouloir!) : c’est un travail remarquable sur les Wisigoths et l’Empire romain. Dès que j’en aurais le temps, j’en parlerai dans ma bibliographie des ouvrages sur la période. Par contre, un rapide historique des événements entre ce peuple et l’Empire depuis le IIIème siècle s’impose pour arriver jusqu’à l’objet de cet article, les fédérés Goths.

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Les goths étaient un peuple de guerriers, à la fois féroces mais aussi organisés pour la guerre, à la différence de beaucoup d’autres peuples

Les Goths sont des germains orientaux, provenant au début de notre ère de l’actuelle Pologne. Au début du deuxième siècle, ils font une entrée fracassante dans l’histoire romaine : s’étant installés sur les bords de la Mer Noire, ils y fondent un royaume puissant. Portés par des valeurs guerrières impressionnantes et par des chefs militaires compétents, ils soumettent leurs voisins, dont le Royaume grec du Bosphore, à qui ils imposent de pouvoir utiliser leurs ports pour se livrer à des actes de piraterie contre les intérêts romains. De pirates, ils deviennent pillards, jusqu’à devenir envahisseurs : les Goths se livrent à des raids de plus en plus importants qui ravagent l’Asie mineure Romaine.

Plus grave encore, les Goths s’installent progressivement le long du Danube, face à la Province de Mésie. Avec leurs nouveaux voisins les Carpes (un peuple Dace), ils multiplient les incursions jusqu’à être en position de réclamer et d’obtenir des romains le paiement d’un tribut. Paiement qui ne refrène pas leurs ardeurs, bien au contraire. Au milieu du troisième siècle, les Balkans ne sont plus à l’abri de leurs raids.

Et en 251, sous la conduite de leur grand roi Cniva, c’est une armée de 70 000 Goths qui envahit la Mésie en passant le Danube. Cette invasion va déboucher sur l’une des trois plus grandes défaites de l’histoire Romaine : Abrittus. Une défaite sanglante pour une armée romaine rassemblée à la hâte par l’empereur Dèce après une première défaite de moindre importance.

Abrittus n’est pas très connue comme bataille, mais la cuisante défaite qui couta sa vie à l’Empereur (là encore, privilège Goth : ce sont les seuls à pouvoir se vanter d’avoir tuer l’Empereur en pleine bataille, et deux fois !) marqua les contemporains. Ammien Marcellin pense par exemple que les trois plus grandes défaites romaines sont le désastre de Varus, Abrittus et Andrinople. Les deux dernières sont le fait des Goths.

La défaite d’Abrittus ne signifia pourtant pas la fin de la domination romaine sur les Balkans. A court terme, la Grèce, la Thrace et la Macédoine furent ravagées par les Goths. Ils vécurent de riches rapines et des tributs que leurs versaient les Romains, incapables de se dépêtrer de ces guerriers nombreux, bien équipés et bien commandés. Il faut dire que la grande crise de l’empire du IIIème siècle, pour laquelle les Goths ne sont pas pour rien, correspond à la pression maximale supportée par la quasi-totalité des frontières, qui rendait impossible aux armées romaines de se focaliser sur un seul adversaire.

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Le set MiniArt « Germanic Warriors » offre des poses splendides, pleines de dynamisme, malheureusement trop rares chez de nombreux fabricants.

Mais les Goths commirent l’erreur de se lancer dans le même type d’opération de grande envergure dans la partie occidentale de l’Empire. En 268, ils firent irruption en Pannonie, ce qui créa un mouvement de panique, les Impériaux craignirent pour Rome elle-même. Ce fut l’Empereur Gallien qui les défit à Naissus, dans une bataille où les Romains, pourtant en infériorité numérique, infligèrent une telle défaite aux Goths que leur potentiel militaire en fut affecté… pour un siècle. Une victoire (ou deux, ça n’est pas très clair dans le récit des auteurs de l’époque) qui finit en massacre de germains. Abrittus était vengé. Et en trois ans, les derniers Goths furent chassés du territoire romain.

Depuis leur Royaume d’outre-danube, les Goths restent une menace, et au fil des années ils reconstituent leur potentiel militaire. D’abord aux dépens de leurs voisins, notamment sarmates, ils reprennent les chemins de l’Empire aux débuts du IVème siècle, profitant notamment des dissensions entre Licinius et Constantin, les deux empereurs de l’époque. C’est d’ailleurs une de leur incursion dans le territoire gouverné par Licinius mais repoussée par Constantin, qui fut la cause de la dernière grande guerre civile entre les deux jusqu’au triomphe de Constantin.

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l’armée Gothique est un mélange d’infanterie lourde, de soldats équipés plus légèrement et de cavalerie. Une composition très complète ! Ne leur manque que les « spécialistes » : ingénieurs de siège, marins…

C’est ce dernier qui dû une nouvelle fois faire face à une puissance Gothe refondée. En 328, il mène une offensive de grand style sur leur territoire, en faisant construire un pont de pierre sur le Danube, qui au-delà de son aspect pratique pour traverser le fleuve, a une signification très symbolique : c’est la menace de voir les troupes impériales revenir autant de fois qu’elles l’estimeront nécessaire, une manifestation de puissance.

Mais ça n’est pas suffisant, et malgré plusieurs années de campagnes, la vitalité de la puissance gothe continue de poser problème. Il faudra une offensive colossale de Constantin en 331-332 pour définitivement les mater. Il remporta une écrasante victoire avec son fils ainé face à eux près d’Odessos, dont les conséquences même de la bataille furent pires encore : refoulés, les Goths périrent par dizaine de milliers du froid et de la famine. Les contemporains estiment que plus de 100 000 goths moururent cette année là, soldats mais aussi civils.

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leur valeur guerrière n’épargna pas aux Goths de subir la loi des armes romaines, et de devoir finir par y servir

Exsangues, ils implorèrent la paix à Constantin. Il imposa un foedus faisant des Goths vaincus un peuple fédéré chargé de défendre la frontière danubienne… de leur côté. Ils durent aussi fournir, aussi souvent que l’Empereur le leur commanderait, des recrues : les foederati, soldats goths envoyés en unités homogènes ethniquement, dotés lors de leur emploi d’un commandement supérieur romain, mais dont tous les autres échelons sont barbares. Jusqu’à la fin de la dynastie Constantinienne, les Goths respectèrent ce foedus. Voire même au-delà : il semble que les Goths aient estimé avoir traité avec la famille de Constantin plus qu’avec les Romains eux-mêmes. Aussi quand Procope, lointain descendant de Constantin, usurpe la pourpre dans les balkans contre Valens quarante ans plus tard, ils fournissent sans discuter au rebelle les troupes qu’il leur demande.

Les fédérés Goths

L’usurpation ratée de Procope aura deux conséquences : les goths envoyés au secours du rebelle furent massacrés, et les autres se sentirent sans doute déliés des engagements pris auprès d’une dynastie disparue. L’heure de la confrontation était revenue.

Mais la donne avait changé : pendant 40 ans, les Goths furent utilisés comme fédérés pendant d’innombrables conflits, et les Romains les avait formés à leur art de la guerre. Désormais, les goths connaissaient -et maitrisaient- la guerre à la romaine, avec ce que cela implique d’organisation et de sens tactique, qui a souvent manqué aux barbares. D’ailleurs, l’organisation militaire gothe s’est calquée, sans doute de manière un peu approximative, sur la rigoureuse tactique légionnaire. Les goths forment des unités qui correspondent aux légions, cohortes, manipules (dans leur acception tardo-impériale : une légion a un effectif de mille hommes, un cohorte une centaine, et les manipules sont les « pelotons » antiques de 5 à 10 hommes : « les hommes que l’on compte sur les doigts de la main« ) en terme d’effectifs, mais pas seulement : après la bataille d’Andrinople, les unités gothes formeront des « carrés creux » pour se déplacer en territoire ennemi. C’est une formation romaine qui place des hommes lourdement protégés en carré et qui se déplace lentement, les bagages, la solde et les blessés au centre, pour éviter les embuscades. Les Romains ont enfanté les goths.

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Menés par des officiers romains, les Goths ont souvent servi comme fédérés dans nombre de conflits, de la (Grande) Bretagne à l’Égypte.

L’usage des fédérés Goths s’est massifié après la Grande Catastrophe (les majuscules sont de rigueur) d’Andrinople. Cette bataille, à l’onde de choc presque séculaire, sonne le glas de l’Empire Romain, avant même que le monde ne s’en rende compte. Si des dizaines de facteurs qui expliquent la fin d’un monde millénaire, un seul est aussi factuellement responsable que cette défaite.

En 376, le Royaume goth au-delà du Danube n’est plus qu’un souvenir. Les Huns, menés par leur roi Balamber, massacrent tout sur leur passage. Après une résistance sauvage, les Goths doivent se rendre à l’évidence : pas plus que les autres peuples avant eux, ils ne sont en mesure de résister aux envahisseurs venus de l’Orient.

Désespérés, ils demandent aide et protection à l’Empire Romain, le seul qui leur paraisse en mesure de faire face aux cavaliers des steppes. Arrivés à l’été 376, ils implorent le droit aux autorités romaines de se rendre sur la rive impériale du Danube. A l’automne, ils sont des milliers de Goths Tervinges à demander à passer, menés par leurs chefs Fritigern et Alaviv.

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Quand les goths furent autorisés à passer le Danube, de nombreux guerriers ne cédèrent pas leurs armes en passant devant les forteresses romaines

Dans un premier temps, les Romains ne sont guère favorables à une telle mesure : trop de réfugiés, difficiles à assimiler en aussi grand nombre. Par ailleurs l’Empereur Valens, en charge de la partie orientale de l’Empire, est à Antioche en Syrie avec le gros de son armée. Faire rentrer autant de réfugiés qui ont laissé depuis deux siècles un tel souvenir de ravages, on peut comprendre que les Romains aient hésité alors que leur armée princiaple est à des milliers de kilomètres.

Mais les Goths, affolés, font pression, et le pouvoir impérial ne voit au fond pas d’un si mauvais œil une main d’œuvre, civile et militaire, se donner à lui sans même avoir à combattre. Ordre est donc donner de faire passer sur la rive romaine les réfugiés, auxquels il est demandé de consigner leurs armes aux troupes romaines.

Premier accroc, celles-ci ne sont pas assez nombreuses pour remplir cette mission, et encore moins pour encadrer l’arrivée d’un peuple entier. Le comes rei militari Lupicinus et le dux (Moesia secunda ?) Maximus en furent chargés. Les auteurs de l’époque relatent qu’ils s’acquittèrent bien de leur mission dans un premier temps malgré la faiblesse de leurs effectifs, mais que la crainte d’une révolte des réfugiés de l’autre côté du Danube les obligea à accélérer le transfert, au prix d’un contrôle devenu inopérant.

Pire encore, les autorités locales traitent les nouveaux arrivants comme du bétail, exploitants les plus faibles, capturant et vendant par milliers les goths incapables d’assurer leur subsistance sur le marché aux esclaves. Le système logistique romain était évidement incapable de fournir des subsistances à tout ce peuple, qui pour se nourrir dû acheter localement sa nourriture au prix parfois de la liberté de ses enfants.

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Les goths défilent sous les murs romains, réclamant aide et assistance

La situation devenait intenable. Les Greuthunges réclamaient eux aussi le droit de venir en terre romaine comme leurs « cousins », ce qui leur fut refusé par Valens, soit qu’il ait estimé que l’Empire ne pourrait absorber plus de barbares, soit qu’il ait voulu manifester son pouvoir discrétionnaire à n’accepter que ceux qui auraient son agrément. Mais les Tervinges mourraient de faim à la frontière, et suites aux supplications de leur chef Fritigern, il leur fût concédé d’aller plus loin dans les terres, vers la ville de Marcianopolis. Problème, pour encadrer ce peuple en transit dans l’Empire, Lupicin dut dégarnir des troupes frontalières déjà peu nombreuses, ce qui permit aux Greuthunges des chefs Saphrax et Alathée de traverser à leur tour le Danube en force.

La situation, désormais, était hors de contrôle. Acculé, Lupicin tenta de faire assassiner Fritigern, le chef de Tervinges, lors d’un banquet. C’est la première décision stupide et/ou mal exécutée d’une longue chaîne qui va mener à la Catastrophe. Fritigern déjoue le complot, et s’enfuit. Désormais, il n’a plus le choix, il se rebelle. Lupicin l’attaque aussitôt, mais son armée est trop peu nombreuse, et il se fait écraser devant Marcianopolis. Non seulement c’est un échec, mais les Goths peuvent récupérer sur les cadavres romains les armes et les amures qui leur font défaut.

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La situation dégénère, Goths et Romains s’affrontent sous les murs de Marcianopolis, suite à une tentative manquée d’assassinat des chefs tribaux Goths.

La situation empire. A Andrinople, deux chefs (rois ?) Goths sont basés avec leur fédérés. Ils ne font pas partie des réfugiés, il y a fort à parier que ce sont des contingents recrutés plus tôt, et casernés régulièrement. Devant les troubles, les Romains, qui ont pour habitude de ne surtout pas laisser des troupes barbares faces à celles de leur peuple, demandent aux deux chefs de ces unités, Suerides et Colias, de se diriger vers l’Asie Mineure. Les deux commandants, qui jusqu’alors n’ont pas levé le petit doigt pour venir en aide à leurs compatriotes, acceptent, mais demandent les subsistances pour entreprendre le voyage. Le gouverneur local, furieux d’avoir vu une de ses villas pillée par ces hommes, excite la population de la ville, dont les ouvriers des fabricae (les usines d’armement) contre les soldats Goths. Dans le contexte, c’est facile. Et stupide. D’abord impassibles devant la populace, les militaires finissent par la charger après avoir été pris pour cible par des dards et autres projectiles. Résultat, un massacre. Mais aussi un pillage en règle de l’usine d’armement qui fournit une fois de plus aux Goths l’équipement nécessaire, car les deux unités courent rejoindre les rebelles de Fritigern. Ainsi, à cause d’un magistrat idiot, l’usine d’armement local est détruite, ses stocks sont passés à l’ennemi et celui-ci est renforcé par des unités formées à la romaine…

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L’irruption des masses gothes en territoire romain aboutira à la mise sur le marché de la guerre d’une immense main d’œuvre combattive… et peu chère

 

Dans une dernière tentative locale, deux généraux d’Orient, Trajan et Profuturus, se dirigèrent vers la Thrace avec trois légions arméniennes. Il y furent rejoints par Richomer, un général Franc, comte des domestiques d’Occident. Son Empereur, Gratien, l’avait envoyé pour prêter main forte aux hommes de son oncle avec un petit détachement. A la tête de leur petite armée, les généraux décidèrent de forcer la décision. A ad Salices, une bataille eut lieu, où les Romains en infériorité numérique ne purent faire mieux qu’un « match nul » : la bataille se poursuivi jusqu’à la tombée de la nuit, sans vainqueurs, mais avec de lourdes pertes de par et d’autre.

La situation était perdue, en tout cas localement. Valens, qui était affairé à s’occuper de la menace perse, dut bâcler un arrangement pour aller avec son armée en Mésie rétablir la situation. Car aussi éloigné qu’il était, on peut être sûr que les nouvelles parvenaient avec beaucoup de retard, et surtout, avec un niveau de précision des plus douteux quand on voit la gestion locale…

Le désastre de Marcianopolis puis celui d’Andrinople dût précipiter le mouvement. Les derniers rapports faisaient en effet état de contingents Alains et Huns qui s’étaient agglomérés à ceux de Fritigern : localement, il n’y avait plus de troupes romaines suffisantes pour faire face !

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Les Goths se répandent dans toute la Mésie, semant pillages et destructions, leurs cavaliers précédant toujours les convois de chariots

Mais le voyage d’une armée entière sur un trajet aussi long prend beaucoup de temps, d’autant plus que Valens réussit à en perdre à Constantinople sur des sujets religieux, qui créèrent des tensions avec la population locale. Étonnamment, on retrouve dès le quatrième siècle ces byzantins qui débattent du sexe des anges alors que les Turcs sont aux portes de la ville.

Coincé dans sa capitale, l’Empereur nomme Sébastien Magister peditum à la place de l’incapable Trajan. Sébastien est un officier très populaire dans l’armée, au point qu’il faillit être nommé Empereur par elle à la mort de Julien.

C’était un militaire de carrière, qui avait été Duc d’Egypte, avait participé à l’invasion de la Perse par Julien et avait guerroyé pour Gratien dans la partie Occidentale, avant d’être renvoyé par un complot d’eunuques. Valens, devant la catastrophe gothe, le nomma sur le front le plus dangereux, avec ordre de rétablir la situation.

Ce soldat expérimenté mit au point une tactique originale : il sélectionna les meilleurs soldats des unités impériales qu’il réunit dans un corps de 2000 hommes. Ce corps d’élite fut ensuite employé dans une guérilla contre les Goths, qui ne pouvaient concentrer pour des raisons d’approvisionnement toutes leurs troupes au même endroit. Rapidement, Sébastien et ses hommes devinrent le cauchemar des Goths, harcelés, massacrés dès qu’ils s’éloignaient trop pour du ravitaillement. La peur avait changé de camp.

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La cavalerie Gothe, arrivée plus tard sur le camps de bataille d’Andrinople sans avoir été repérée par les Romains, fut un véritable raz-de-marée qui balaya une armée romaine dépourvue et précipita l’issue de la bataille

Mais Valens finit par arriver avec son armée pour bouter les Goths hors de l’Empire.

La encore, pas plus qu’une histoire des Goths, il n’est question d’écrire la bataille d’Andrinople. Tout juste faut-il savoir que les Romains commandés par un Empereur médiocre et des généraux plus soucieux de lui plaire que de faire la guerre, mirent dans la pire des situations le comitatus oriental. Celui-ci arriva devant les envahisseurs éreinté, privé d’eau, énervé par des manœuvres diplomatiques de dernière seconde de son souverain, et sans la moindre connaissance du terrain comme de l’adversaire.

A ce niveau de nullité, la sanction est évidente : l’armée romaine fut écrasée par un adversaire supérieur en nombre et qui lui avait tendu un piège parfait. Comme Dèce plus d’un siècle plus tôt, les Goths réussirent même à tuer l’Empereur, qui mourut dans l’anonymat, sans doute brulé vif dans une cabane où il s’était réfugié. La pire des défaites au pire des moments.

Les conséquences du désastre furent au nombre de deux :

  1. pour la première fois dans l’histoire Romaine, un peuple avait obtenu les armes à la main le droit de rester sur le territoire impérial. Désormais, l’équilibre des pouvoirs serait perturbé par cet élément qui érodera plus que tout autre facteur la capacité de résistance de l’Empire.
  2. L’armée praesentale d’Orient n’existait virtuellement plus. Cela ne signifiait pas que les Romains ne disposaient plus de troupes sur ce théâtre d’opérations, mais les troupes d’élites qui en constituaient le cœur avait été annihilées, ou tellement diminuées que leur capacité opérationnelle était amoindrie pour longtemps.

Nommé en catastrophe, le nouvel Empereur de Constantinople Théodose était un militaire compétent, fils d’un général extraordinaire dont il avait pris le nom. Mais face aux Goths, à aucun moment il ne put les refouler hors des frontières : il n’en avait tout simplement pas les moyens. Réaliste, il mena une politique militaire pragmatique visant à limiter les dégâts.

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Désormais, les Goths servirent sous le commandement romain, mais dans des unités ethniquement homogène n’appartenant pas à l’armée impériale. Ici un chef de guerre gothique vient prendre ses instructions

Il leva de nouvelles troupes (même de manière forcée parmi les colons des Latifundiaires, qui firent tout pour y résister), et créa plusieurs unités à partir de formations plus anciennes, voir en leva des nouvelles. A coté des troupes romaines qu’il ranima, il tenta par tous les moyens de diviser les Goths. Si ceux-ci étaient un peuple, ils étaient divisés religieusement, et encore plus par les clientèles que formaient leurs nobles, aspirant à la royauté. Il « débaucha » ainsi plusieurs leaders goths qui se mirent à son service, alléchés par l’or romain et sans doute par la stabilisation d’une situation qui si elle était victorieuse, n’en demeurait pas moins très précaire. Ils ne furent d’ailleurs pas le moins du monde gênés d’être employés contre leur propre peuple.

Cette tactique permis de circonvenir les Goths, mais guère plus. Les Romains ne pouvaient pas renvoyer les barbares dans le barbaricum, pas plus que les Goths ne pouvaient conquérir Rome ni même une de ses provinces.

Match nul, et un problème pour tous : les Romains avaient un peuple en armes virtuellement invincible, et les Goths n’avaient pour seule possibilité l’occupation d’une région dévastée (par eux…), pris entre les Huns de l’autre côté du Danube et les Romains qui lentement reconstituaient leurs forces, sous le commandement d’un Empereur militairement capable qui les harcelaient. Après des tentatives de part et d’autre de forcer la décision, les Goths acceptèrent de traiter avec Théodose, sous la menace d’un corps expéditionnaire venu de Gaule sous le commandement des terribles officiers Francs Bauto et Arbogast.

L’accord signé en 382 par Fritigern, toujours à la tête de son peuple, était très favorable aux envahisseurs : les Romains reconnaissaient aux Goths la qualité d’alliés, la jouissance de terres en Mésie, Scycthie et peut-être en Macédoine. En échange, ils devaient assistance à l’armée impériale lors de ses campagnes.

Tant que Théodose vécut, les parties respectèrent leurs engagements. Les terres furent occupées par les Goths, et ceux-ci fournirent des soldats lors des grandes campagnes contre les usurpateurs occidentaux. D’ailleurs, Théodose tenta d’utiliser ces conflits pour amoindrir le potentiel militaire Goth.

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désormais, les Goths serviraient l’Empereur de Rome… Mais sous leurs étendards et dirigés par leurs chefs de guerre

Ainsi lors de l’usurpation d’Eugène, un simple rétheur mis sur le trône par la camarilla des généraux Francs, maitres de l’Armée d’occident, Théodose marcha sur l’Italie avec son armée, encore en rémission après Andrinople, et un très fort contingent Goth, qui marchait sous le commandement de leurs chefs tribaux, dont un certain Alaric.

Arbogast, le général Franc qui commandait l’armée d’Occident, était en infériorité numérique mais son armée était d’une qualité incomparable. Ses légionnaires gaulois, bretons ou dalmates étaient sans doute les soldats les plus terribles que l’on puisse affronter, et les auxiliaires germains (Francs pour la plupart) étaient très redoutés.

Le Généralissime Franc était en plus un stratège de premier ordre et disposa son armée légèrement en retrait d’un des cols des alpes juliennes, avant Aquilée, par lequel devait arriver Théodose. Placée en croissant sur la « rivière froide » (frigidus), il obligeait son adversaire à charger sur un front très étroit, sans possibilité de les déborder ni utiliser sa supériorité numérique. Le tout contre ses meilleurs hommes. Par ailleurs, il fit occuper certains cols par des détachements afin de bloquer l’armée de Théodose et ne lui laisser qu’une alternative : la rivière froide.

Voyant cela, Théodose utilisa ses goths (plus de 20 000, soit sans doute la moitié de son armée !) comme « chair à canon » : il les fit charger dans l’entonnoir, face aux Légionnaires gaulois, sans doute en toute connaissance de cause. Ce fut une boucherie. Les Gaulois massacrèrent les goths, la moitié (!!!!) fut tuée, et l’offensive un échec lamentable. Les Goths furent d’ailleurs furieux, convaincus à raison d’avoir été sacrifiés par les Impériaux.

La bataille, pourtant mal engagée pour Théodose, fut remportée par l’Empereur de Constantinople le lendemain. Il faut dire qu’il fut aidé par un phénomène naturel inédit, que ses contemporains attribuèrent à une intervention divine : des bourrasques de vent d’une force colossale empêchèrent les Gaulois d’envoyer le moindre projectile lors de la deuxième offensive orientale, et surtout les aveuglèrent par la poussière qu’elles charriaient. Dans le même temps, Théodose avait corrompu les garnisons laissées dans son dos par Arbogast.

Cette victoire permit à Théodose de limiter l’influence des barbares goths en Orient : il pris avec lui une partie de l’armée occidentale pour rentrer à Constantinople. Mais c’était déshabiller Pierre pour habiller Paul : cela affaiblissait durablement l’armée de la partie occidentale, déjà saignée à blanc par nombre de batailles ces vingt dernières années.

Quant aux Goths, traversés par des tensions entre le parti pro-romain et ceux qui ne souhaitaient pas jouer le jeu, ils finirent par se laisser tenter par les tenants de la rupture, et le massacre de la rivière froide n’y fut pas pour rien. L’année de la mort de Théodose, en 395, les Goths installés en 382 se rebellent contre l’autorité impériale, rejoints par d’autres chassés par les Huns de la rive nord du Danube. Leur chef était un survivant de la rivière froide, Alaric.

Chef d’un parti énorme de Goths et assimilés, au point d’en faire une force politique à lui seul, et un élément fondamental de l’échiquier politique impérial des quinze prochaines années. Mais pas de tous les Goths. De la même manière qu’Alaric fut alternativement un rebelle ou un officier romain en fonction de ses intérêts, de nombreux partis de Goths se mirent au service de Rome : des armées régulières, mais aussi d’usurpateurs, de forces locales… Ils furent extrêmement nombreux, présents dans tout l’empire, loués pour leur qualité martiale et… leur faible coût.

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la cavalerie gothe était réputée, et très prisée des généraux romains pour constituer leurs bucellaires, gardes du corps privés qu’ils payaient eux-mêmes.

Ainsi par exemple en 413, le grand général Bonifatius, alors jeune soldat,  fut nommé à la tête d’une unité de fédérés goths au fin fond de l’Afrique après un fait d’armes à Marseille face au Roi … Goth Athaulf, qui l’assiégeait.

A cette époque, de nombreux généraux romains se sont dotés de bucellaires, gardes privés souvent recrutés chez les Goths. soldats privés, soldats réguliers, mercenaires, les Goths ont inondé le « marché de la guerre », au point que leur nom est devenu le synonyme de soldat. Dans les deux parties de l’Empire, ils vont avoir une influence énorme, militaire et politique. Et si après un bref moment de gloire ils seront circonvenus en Orient (tués….ou assimilés), le peuple mis en marche par Alaric finit par envahir plusieurs fois l’Italie, piller Rome après plus de mille ans d’inviolabilité, pour finalement s’installer en Aquitaine et y fonder un Royaume qui érodera la domination impériale sur la Gaule, cause de sa chute rapide.

Dans mon projet, il me fallait des fédérés. Les Goths étaient les premiers indiqués, pour toutes les raisons historiques que vous avez lues si vous êtes arrivés jusqu’ici, et par le nombre de sets disponibles, que ce soit chez Hät (pas moins de deux, la cavalerie gothique, Hät 8085 et l’armée gothique, Hät 8133),  MiniArt (72013, Germanic Warriors) ou Italeri (cavalerie Gothique, référence 6138). Des mélanges assez réussis sont possibles, avec des variations de taille entre fabricants finalement assez peu perceptibles. Au total, ce sont 38 figurines, dont 16 cavaliers, avec quasiment que des poses uniques !

C’est aussi un moyen d’ajouter un peu de diversité en terme d’épisèmes, et de bâtir plus d’un scénario : ces goths peuvent servir de fédérés sous l’autorité romaine ou d’adversaires… comme dans la réalité de leur histoire !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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