Equites sagittarii clibanarii – Cavaliers archers clibanaires

Dans les dernières touches à apporter à mon armée, qui désormais s’intéresse à toutes les composantes de l’époque, en Gaule comme ailleurs, il me manquait les archers-clibanaires.

Comme leur nom l’indique, ce sont des cavaliers extra-lourds dont l’arme principale est l’arc font partie des unités hyperspécialisées dont s’est dotée l’armée romaine tardive.

Si les cataphractaires n’était pas nouveaux chez les Romains, ont peu considéré qu’ils ont précédé les clibanaires, dont l’origine orientale me semble assez claire. Contrairement aux cataphractaires qui proviennent de la partie occidentale de l’Empire, et notamment de Gaule, je soupçonne les Clibanaires d’être des unités essentiellement sassanides.

Un simple coup d’œil au nom des unités de cette catégorie est très éclairant. La notitia Dignitatum en compte huit :

  • Equites clibanarii
  • Equites sagittarii clibanarii
  • Equites primi clibanarii Parthi
  • Equites Persae clibanarii
  • Equites secundi clibanarii Parthi
  • Equites quarti clibanarii Parthi
  • Cuneus equitum secundorum clibanariorum Palmirenorum
  • Schola scutariorum clibanariorum

Première constatation, elles sont toutes basées en Orient sauf les deux premières, qui sont en réalité la même.

equites sagitarii clibanarii 20mm 1/72
l’unité des Equites sagitarii clibanarii était postée en province d’Afrique. Elle doit se rendre d’urgence en Italie ou Constance les attend pour renforcer son comitatus

Deuxième enseignement, mis à part l’unité basée en Occident et la dernière, qui est une Schole Palatine, elles portent toutes un qualificatif ethnique : Parthe, Perse ou palmyréen. Trois manières de décrire l’ennemi historique des Romains à l’Est, même si Palmyre a été Romaine, et a même constitué un Royaume séparatiste sous sa Reine Zénobie et son fils Odénat, au moment de la crise de l’Empire. Au vu de l’unité de « palmyréens », qui est un cuneus numéroté, on peut d’ailleurs s’interroger : il n’est pas impossible que cette unité date précisément de la chute de Palmyre.

Car la génèse de ces sept unités, si l’on considère que l’unité occidentale a la même origine (ce qui est fort probable), est la même que de nombreuses autres unités « ethniques » de l’armée tardive (Marcommans, Bataves, Alains, Taifales…) : ce sont des prisonniers de guerre, qui ont été envoyés guerroyer sur d’autres théatres d’opérations que ceux ou ils ont été pris.

Les Romains ont eu de plus en plus recours à ce mode de « recrutement », qui apportait trois avantages non négligeables :

  • il dégarnissait les rangs des ennemis vaincus de combattants expérimentés
  • Il fournissait à peu de frais des troupes déjà entrainées
  • il apportait certaines compétences techniques particulières aux peuples des prisonniers

Le cas des archers clibanaires est à ce titre exemplaire : les archers à cheval avaient été de plus en plus intégrés à l’armée romaine, qui en était à l’origine totalement dépourvue. Mais seuls les Perses étaient capable de fournir des cavaliers archers extralourds.

Leur armée d’ailleurs ne reposait que sur eux, et la loi du nombre. Les Sassanides comme leurs prédécesseurs ne disposaient que d’une infanterie très médiocre, dont le nombre incalculable ne leur donnait jamais un avantage sur leur homologues romains. La cavalerie en revanche était fort crainte des Romains, même si la configuration la plus mortelle se révélait être le harassement en territoire ennemi préalablement dévasté. Les batailles rangées ne mettant jamais vraiment en valeur leur avantage tactique, à de rares exceptions prêt.

sassanide clibanaire
La plupart des unités de clibanaires de l’armée romaine ont été formée par des prisonniers de guerre sassanides, dont elles empruntent le nom, à l’exception justement de celle-ci !

Assez étonnamment, les équilibres du champs de bataille vont profondément se transformer au cours des deux siècles suivants, jusqu’à faire des cavaliers lourds dotés d’un arc les nouveaux seigneurs du champ de bataille sur le bassin méditerranéen, au point qu’il deviendront l’élite de l’armée Byzantine.

L’armée de Justinien, au VIème siècle, compte déjà de nombreux cavaliers lourds archers, y compris parmi les bucellaires, ces soldats privés des généraux de l’Empire qui ont pris une place considérable dans l’armée impériale : Bélisaire, lors de la conquête de l’Afrique, en avait amené à lui seul 6000. On est loin de la garde hunnique de 300 cavaliers de Stilicon, ou des 300 cavaliers Alains de Gratien !

Dans l’armée régulière, et notamment lors de la reconquête de l’Italie, on a la trace dans la région de Vérone d’une unité de Cavalerie des Persoiustiniani, composé de prisonniers perses capturés en 541. Non loin, à Grado, nous savons qu’en 579 l’unité de cavalerie des Cadisiani était postée, et qu’elle aussi composée de Perses faits prisonniers. Enfin, à Ravenne, on trouve trace en 591 de Persoarmeni.

cavaliers clibanaires archers
les archers lourds à cheval sont une réponse tactique éprouvée contre les germains occidentaux. En revanche, contre les légions, ils ne sont jamais décisifs qu’en complément

Pourquoi une telle montée en puissance des archers lourds à cheval ? Les raisons sont multiples. La fin de l’armée traditionnelle romaine d’abord : incapable financièrement et démographiquement de fournir la même armée qu’auparavant, et éprouvant les pires difficultés à maintenir ses traditions militaires, les Romains puis les Byzantins ont fait évoluer leur pratique militaire.

Alors que la stratégie romaine avait toujours visé à chercher l’affrontement en rase campagne pour annihiler l’ennemi par le choc de son infanterie lourde, dès la fin du IVème siècle la doctrine romaine vise à préserver l’armée d’un choc qu’elle pourrait perdre et rendre ensuite impossible la reconstitution de son appareil militaire.

Les trois grands affrontements entre romains de Mursa en 354, de la rivière Save en 388 et de la rivière froide en 394 furent autant de boucheries (surtout la première) qui obérèrent la capacité des romains à régénérer leur armée. Le désastre d’Andrinople, qui vit la destruction de l’armée orientale, fit le reste.

Quant on pense que Julien partit en campagne contre le Sassanides avec 65 000 soldats romains et des auxiliaires arméniens ou arabes, alors que Bélisaire et Narsès durent conquérir l’Italie avec moins de 20 000 hommes, mercenaires, bucellaires et alliés compris !

late roman super heavy cavalryman - Imperial Guardsmen of Emperor Justinian I linear
les clibanaires ne se servaient pas que de l’arc, mais aussi d’une longue lance, le kontos

La « rareté » relative des combattants, la baisse de qualité de l’infanterie, tant en terme d’entrainement que d’équipement, le choix du harcèlement plutôt que l’affrontement direct ont mis la cavalerie au centre du champ de bataille. Équipée d’un arc, elle est d’autant plus dangereuse : elle peut éroder les rangs adverses sans risquer le combat direct.

Le dernier paramètre qui favorisa la montée en puissance des clibanaires archers réside dans l’incapacité des armées des royaumes barbares de s’y opposer. De nombreux témoignages de l’époque évoquent le massacre que provoquaient les archers montés dans les rangs des barbares.

Hät 8285
ces sassanides de la référence Hät 8285 sont parfaits pour mes clibanaires romains !

Changement de doctrine stratégique, affaiblissement des structures militaires, adaptation aux adversaires, les clibanaires, jadis assez marginaux, avaient à cette époque un bel avenir, au point que leur usage continu peut préfigurer la chevalerie du moyen-âge, à mesure que le champ de bataille se résume à des combats de cavaliers lourds.

clibanaires romains tardifs
les unités clibanaires préfigurent les futures armées byzantine par l’usage de l’arc et de la lance sur des chevaux lourdement protégés, à l’orientale

L’unité que j’ai décidé de représenter est celle des Equites sagittarii clibanarii, située… en Afrique. En effet, les seuls clibanaires étaient basés là à la fin du IVème siècle. Pour lutter contre les Maures, leur affectation est assez logique. En ce qui concerne mon projet, on dira donc que le Magister equitum aura demandé son rapatriement en Italie pour lancer une campagne.

Leur épisème n’est pas spécialement complexe, mais le peindre à la main se révèle ardu : le rond n’est pas facile à éxecuter !

episeme bouclier clibanaires
un motif de bouclier simple mais difficile à reproduire à main levée !

Pour réaliser cette unité que j’ai présumé être composée de Sassanides capturés, j’ai donc opté… pour une boite de Sassanides !

diorama desert romains
Dans le désert, les clibanaires chassent les cavaliers maures qu’ils étrillent à chaque fois

C’est la référence Hät 8285, qui représente des clibanaires archers Sassanides, que j’ai utilisé. Une bonne possibilité d’ajouter un peu de diversité à mon armée.

HÄT 8145
j’ai aussi utilisé quelques cavaliers parthe cataphractaires légèrement convertis pour compléter mon unité, de la référence HÄT 8145

La gravure n’est pas vilaine, la représentation assez fidèle à ce que devaient être ces combattants. Comme souvent avec Hät le bémol se trouve dans la taille, bien trop petite, et dans le manque de variété des poses. J’ai d’ailleurs rajouté à cette petite unité quelques conversions à partir de parthes modifiés du meilleur effet de la référence Hät 8145 !

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