Ursarienses

Ursarienses

Luke Ueda, sur son superbe site sur la notitia dignitatum, appelle cette unité les « Ours ». C’est tentant, mais en faisant tous les dictionnaires latin du web, je n’ai jamais réussi à avoir confirmation !

Nous savons quelques petites choses sur cette unité : legio comitatensis, donc de l’armée de manœuvre aux ordres du magister equitum per gallias, elle était quelques années auparavant la garnison de la ville de Rouen, Rotomagus/Rotomago. Sous les ordres du Praefectus militum Ursariensium, cette unité légionnaire faisait partie du dispositif défensif côtier dirigé par le Dux tractus Armoricanus et Nervicanus. Cet officier avait pour mission de protéger les côtes gauloises des infiltrations saxonnes et franques, et de lutter contre la piraterie. De Grannona, l’actuelle Boulogne-sur-Mer, à Mannatias, la ville de Nantes, pas moins de 10 unités étaient déployées sous ses ordres : une cohorte d’auxiliaires armoricains , la Novae Armoricae, (dont le recrutement était donc purement local), et neuf légions.
Les carronenses à Blabia (Port-Louis), les maures de Benetis (Vannes),  les maures d’Osismis (Brest),  les « commandos légers » à Mannatias (Nantes), les Martiaux à Aleto (Saint-Malo),  la Première légion Flavienne à Constantia (Coutances), Nos ursarienses donc à Rotomago (Rouen), les dalmates à Abrincatis (Avranches) et les grannonenses dans leur ville de Grannono (non identifiée à ce jour).

petits soldats peints 1/72
Sur ces italeri, la peinture de la tunique des légionnaires en rouge apporte une diversité bienvenue dans mon armée !
Un dispositif imposant, qui s’ajoutait à celui de ses collègues du Dux de Belgique seconde et du Comte du rivage Saxon, en charge des côtes anglaises. Bref, les Romains avaient fait 2000 ans avant les nazis le mur de l’Atlantique !

Ça n’est d’ailleurs pas qu’une boutade, puisque pour avoir visité en face de Saint-Malo les restes d’Aleth, forteresse des Martenses, j’ai eu la stupeur de voir des casemates de béton allemandes précisément sous les ruines des fortifications romaines ! Les Romains étaient de sacrés ingénieurs, et de remarquables stratèges !

La fin du quatrième siècle et les bouleversements du cinquième poussèrent d’ailleurs les Romains à profondément remanier cette stratégie, en raison d’un événement majeur : la raréfaction de la (bonne) main d’œuvre militaire.

Les guerres continuelles, les usurpations, les dévastations des multiples incursions puis invasions barbares créaient des saignées terribles pour l’armée romaine du bas-empire. Dans un cercle vicieux, chaque invasion coutait en hommes pour la repousser, mais aussi en contribuables massacrés ou enlevés par les barbares. Incapables de créer autant de légions ou d’auxiliats qu’il leur était absolument nécessaire, les Romains récupèreront graduellement les fortes garnisons qu’ils avaient laissé dans leurs villes et forteresses pour les verser dans leur armée de campagne.

légion romaine peinte
La légion sait toujours former le mure de bouclier, impénétrables aux traits et flèches ennemis, à la rage d’Attila !
Tous les moyens étaient bons pour les remplacer. Aetius, le dernier grand général romain à « tenir » la Gaule, usa de multiples moyens : fédérés barbares (Les Goths en Aquitaine étaient déjà là, mais ce fut lui qui fixa ce qui restait des Burgondes en Savoie/Sapaudia, lui qui attribua des terres à gauche du Rhin aux Francs en échange de la garde du fleuve, lui qui offrit Orléans et ses environs au roi Alain Sangiban et ses redoutables mais vieillissants cavaliers en échange d’une assistance militaire contre les bacaudae, ces jacqueries paysannes endémiques au Nord de la Gaule), mais aussi « colons » Romains venus de (Grande-)Bretagne, chassés par les barbares et qui s’étaient installés dans notre actuelle Bretagne. En échange de leur aide militaire qui semble avoir été notable, ces armoriciani prêtèrent main-forte à Aetius contre les bagaudes, mais aussi contre Attila lors de la grande bataille des Champs Catalauniques.

Les Ursarienses furent sans doute agrégés à l’armée des Gaule bien avant cette période de pénurie extrême. Contrairement aux unités des superventores ou des Martenses, qui ont subi le même sort en venant du même commandement régional, nos « Ours » sont une légion comitatensis, alors que les deux suivantes ne sont « que » pseudocomitatenses, ce qui signifie que leur statut est très inférieur, de même que leur ancienneté dans l’armée de mouvement. C’est d’ailleurs assez compréhensible : dans un premier temps, on peut penser que les Romains ont retiré les garnisons des villes les plus à l’intérieur des terres, et dont la sécurité n’était que faiblement ou nullement menacée. Ça n’est sans doute pas un hasard si l’on retrouve avec la même ancienneté que les ursarienses des légions comitatenses provenant de garnisons aux ordres du Duc de Belgique, comme les Cortoriacences ou les Menapii seniores, deux unités que j’ai réalisées avec d’ailleurs la même référence Italeri 6137 . Ainsi Rouen ne devait pas réellement souffrir d’incursions barbares, et sa précieuse garnison a du vite boucher les trous consécutifs aux pertes engendrées par les multiples campagnes.

archers gaulois peints
Chaque légion disposait de ses archers. Encore une fois, quelle qualité de gravure chez Italeri !!
Par chance, il a été retrouvé dans une voie romaine allant vers la ville de Noyon, une stèle funéraire d’un soldat romain ayant servi dans l’unité des Ursarienses.

Datée du IVème siècle par les archéologues, la stèle représente un soldat romain, en tunique courte et grand manteau agrafé à l’épaule, une main sur un bouclier ovale et tenant une lance dans l’autre, dans une pose classique pour l’époque. De la même manière, la représentation en « civil » d’un militaire est typique de l’époque, notamment quand on pense au dyptique d’Aetius/Stilicon : quelque soit le grand général représenté, il se tient exactement dans la même pose et le même accoutrement !

tombe légionnaire romain gaulois
la stèle du porte-étendard des ursarienses, un légionnaire romain originaire de la cité des Séquanes
Grâce à une inscription, nous savons que ce militaire s’appelait Valerius Ianuaris, qu’il était imaginifer (porte étendard) des Ursarienses et originaire de la cité des Séquanes, une ville Gauloise. Un élément de plus pour confirmer le recrutement local de cette unité. Malheureusement, la stèle a été bien abimée, et il est impossible de voir le motif du bouclier, qui nous est parvenu par la notitia dignitatum. Une dernière chose, qui mérite d’être citée, c’est que la stèle a été érigée par Severianus, son frère d’armes. Un beau témoignage de camaraderie militaire !

légionnaire gaulois peint 20mm
Severianus, fier soldat romain qui rendra hommage à son frère d’arme imaginifer !
Pour la réalisation de cette unité, puisqu’elle devait ressembler aux Cortoriacenses et Ménapes, il paraissait évident que je devais utiliser les Italeri 6137, dont j’ai acheté en tout presque une dizaine de boîtes.  Grâce à cet achat de masse, j’ai pu accumuler suffisamment de boucliers avec le motif en étoile des Ursarienses pour en faire 34.

34 figurines, ça n’est pas énorme, surtout pour une unité qui a dû compter sur le papier au moins un millier de légionnaires, mais l’effet de répétition des poses auraient posé problème.

Petite nouveauté pour cette unité, j’ai opté pour une couleur de tunique rouge pour changer des blanches, et j’avoue que ça change agréablement !

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9 réflexions sur “Ursarienses

    1. Hello Phil, j’en suis (presque) persuadé, pour deux raisons.
      La première, c’est que la notitia, même si c’est un mille-feuilles, permet de distinguer les feuilles : et celle-ci n’est pas alterée : il s’agit d’une énumération logique, avec pour chaque ville sa garnison, très précise.
      La seconde, c’est que l’étymologie de grannona et sa racine latine en devait faire un nom plutôt courant dans la région. La toponymie nous apprend suffisamment à quel point il existe des invariants dans l’onomastique des villes. Un exemple tout bête : benetis et Mannatias se ressemblent quand même diablement… Quant on pense que le document nous est parvenu via des moines copistes, pas impossible que les noms ait étés légèrement corrompus, ce qui expliquerait peut-être la (trop?) grande ressemblance entre grannona et grannono.

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